...Ou des attitudes charismatiques !
Vous avez forcément croisé un jour un homme ou une femme dont la seule présence fait taire l’assemblée, inspire respect et écoute... elle parle et vous voilà mobilisé « comme pour le projet de votre vie », vous demande votre avis, et vous vous sentez grand et petit à la fois, valorisé et impressionné. Que fait cette personne ? pas grand chose mais pour elle, avec elle vous seriez prêt à toutes les prises de risques. Indéniablement cette personne a un pouvoir, une grâce, au delà du charme et c’est ce que l’on appelle le charisme. Un manager sera « bon » manager s’il est gestionnaire, mais il deviendra un « leader » avec du charisme ; mais peut on acquérir du charisme si on en est dénué ? Tous les psychologues ne l’affirment pas. Et pourtant il est possible de travailler des points essentiels qui « font » le charisme et ainsi de développer une attitude charismatique.
Les points de passage obligé du charisme
Les effets persuasifs du charismatique
Les points de passage obligé du charisme Les effets persuasifs du charismatique
Enfin tous les charismatiques n’ont pas fait que des bonnes choses ! Regardons ce qui est écrit dans « Inconnu à cette adresse », de Kressmann Taylor (éditions Lire autrement) à propos de Hitler et de la montée du nazisme : « L’homme électrise littéralement les foules. Il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique (...) les gens se sentent stimulés. (...) ils se sont débarrassés de leur désespoir comme on enlève un vieux manteau.(...) Ils croient de nouveau à l’avenir. » Certes, c’est un homme charismatique, mais qui a fait de son charisme ce que l’on sait.
Mais le charisme c’est bien ça, c’est générer chez les autres des émotions fortes et susciter une adhésion spontanée, naturelle, une mobilisation exceptionnelle. Même si certains en sont dotés naturellement, les autres peuvent développer en travaillant des qualités charismatiques.
©Muriel Jouas-Duval, 2005, pour La Lettre Office News, Groupe Prométis.
D’après Stéphane André, Psychologue, le premier critère du charisme réside dans le regard, la faculté que votre interlocuteur va avoir de vous fixer juste assez longtemps pour générer chez vous des émotions, mais surtout pas trop longtemps pour ne pas vous gêner, ou avoir l’air intrusif. C’est dans cet équilibre estimé entre 2 et 3 secondes que va se glisser votre charisme à condition de regarder votre interlocuteur dans les yeux.
Habituez-vous à fixer le regard de vos interlocuteurs dès l’instant où vous vous trouvez face à eux. Prenez cette initiative. Si vous avez des difficultés à regardez dans les yeux, fixez alors l’arrête du nez de votre interlocuteur, le point juste entre les yeux. Il ne se rendra pas compte de la supercherie... sauf à vraiment identifier la fixité de votre regard. N’hésitez pas à incliner légèrement le haut du corps ou la tête très légèrement vers votre invité : vous lui montrer alors physiquement toute l’attention que vous lui portez. Cela contribue de façon importante à votre charisme.
Chaque voix a une résonance propre traduite par des ondes plus ou moins longues. Les voix aigues ont des ondes courtes par exemple. Il se trouve que les voix charismatiques disposent d’ondes longues, et sont donc plus basses. Comme le regard, vous pouvez travailler votre voix régulièrement soit seul, soit avec un orthophoniste, comme le font les acteurs de théâtre. Le but est de théâtraliser votre message de lui donner du corps.
Prenez votre livre de chevet ou un article de presse et lisez le à haute voix, en essayant de la rendre plus grave, plus lente. Articulez exagérément et faites des pauses dans votre lecture, des vrais silence entre les phrases pour mettre en valeur tel ou tel morceau de phrase. Mettez l’accent sur certains mots forts afin d’éviter une lecture monocorde. Souvenez vous du « je vous ai compris » de De Gaulle, et de la force qu’il avait mis dans ce mot si simple compris.
Rares sont les gens charismatiques qui se tiennent voûtés ! C’est un fait, la stature et la droiture confèrent naturellement une élégance et une présence, voire un magnétisme, que l’on soit homme ou femme. Avec le regard et la voix, le dos est le troisième point de passage obligé du charisme.
Tenez votre corps dans l’espace et dans le temps. Tenez vous droit, assis comme debout, même si vous êtes grand, redressez les épaules et surtout écartez-les au maximum, sans pour autant avoir l’air raide de celui qui est sous contrôle. Revendiquez votre espace et votre présence, affirmez vous physiquement et prenez votre temps pour parler comme pour agir. Les gens charismatiques sont rarement des excités. Par exemple, lorsque vous entrez dans une pièce : arrêtez vous, posez votre regard sur l’espace et ses occupants, puis choisissez vraiment l’endroit où vous souhaitez aller. Seulement alors pénétrez dans la pièce, et même si votre réflexe est de rejoindre ceux que vous connaissez, prenez le temps de marquer du regard les autres, presque de les saluer des yeux. Montrez leur que vous les avez vus, identifiés, qu’ils existent... mais que vous ne les craignez pas. Vous êtes assis : bannissez la jambe qui balance en un mouvement impatient. Posez-vous dans le fond de la chaise, naturellement, jambes croisées ou non, peu importe, les mains sur les jambes, en position d’ouverture d’esprit, de préparation à une discussion sans enjeu réel.
Si vous êtes grand, vous allez naturellement et plus facilement « en imposer ». Mais vous avez du croiser des grands sans charisme et ressentir le charisme d’individu de taille moyenne ou plus petite. L’important est dans la cohérence des idées, de la volonté, des choix et de l’apparence physique : la congruence.
Votre taille n’est pas votre principal atout, alors vous n’avez pas droit à l’erreur dans le look sauf à vous appeler Coluche et à compenser ce dernier par l’humour et la rhétorique ! Travailler votre look n’est pas choisir le look BCBG forcément : c’est vous choisir un style qui « colle » à vos valeurs, à vos actions, à vos messages. Vous serez ce que vous dites, vous saurez dire ce que vous êtes ! Quoi qu’il arrive, en phase de travail de votre charisme, bannissez la négligence, l’à peu près... Visez haut !
Selon Jean-Louis Muller, Directeur à la Cegos, « le charismatique a des valeurs fortes et les revendique sans force mais avec fermeté. Vous serez charismatique lorsque vous agirez en cohérence avec vos valeurs, sans compromission mais en transparence ». C’est dit !
Identifiez vos valeurs maîtresse et donnez leur du sens, le votre. Par exemple, une valeur comme l’honnêteté peut être pour l’un « dire la vérité, toute la vérité » pour l’autre « la dire quand c’est utile, que cela contribue à faire avancer un être ou un projet... mais par forcément gratuitement. » Idem pour la loyauté, la transparence... quel sens leur accordez vous ? Allez jusqu’à mettre sur le papier ces valeurs et leurs sens, puis identifiez des actions en cohérence avec vos valeurs, des actions que vous avez menées, ou des choix que vous avez fait que sont justement en contradiction avec ces valeurs. Pourquoi alors aviez vous agi de la sorte, quel fut votre moteur et qu’avez vous ressenti ? C’est dans l’alignement de vos convictions et de vos actions que vous développerez une attitude charismatique.
Le charismatique assume ses émotions et accepte celle des autres, sans leur attribuer un caractère de faiblesse. Dire qu’il les assume c’est en réalité dire qu’ils les identifie chez lui, les accepte et les gère en faisant preuve d’intelligence émotionnelle. Selon Jean-Louis Muller : « celui qui accepte de ressentir et de gérer de manière dissociée les 4 grandes émotions que sont la peur, la colère, la tristesse et la joie, a compris que les émotions sont de puissants levier de motivation, d’implication et de productivité et fera preuve d’un charisme évident. » Dissocier l’émotion et l’événement consiste à vivre l’événement et comprendre pourquoi il provoque telle ou telle colère.
Identifiez vos sources de colère, peur, joie et tristesse. D’une manière aussi objective que possible, listez les événements récents qui ont provoqué chez vous une de ces 4 émotions. Tirez en des enseignements : détestez-vous les gens en retard ? Pourquoi ? Que ressentez-vous face à des gens qui sont en retard, au delà de la colère première et légitime ? De manière, comme pour les valeurs, à savoir dire dans le calme ce que vous ressentez, intimement et surtout la raison. Exemple : P. arrive ce matin en retard de 30 minutes à votre réunion de travail... alors que le rendez-vous a été fixé à cette heure-ci avec lui. Vous êtes dans une colère noire... pourquoi en réalité ? Le vrai motif est-il : vous vous êtes levé tôt en changeant votre organisation pour respecter un engagement et vous attendez que l’autre en fasse autant ? Vous avez un autre rendez-vous derrière, important celui-là et vous serez en retard ? Exprimez votre ressenti « P. je suis en colère car, quand tu es en retard de 30 minutes, comme ce matin, je ressens que tu n’accordes pas la même importance que moi au projet, je dois réduire la réunion pour honorer mes autres rendez-vous et pour moi un rendez-vous est important... »
Se taire n’est pas ne rien dire ! Pour le charismatique, se taire, c’est préparer son auditoire à recevoir le message clé. Prenez cette simple phrase : « Je vais vous dire quelque chose d’important » et remplacez la par « ce que j’ai à vous dire - silence de 1’’ - est important - silence de 1’’ - nous allons vivre - silence - ensemble - une grande aventure... » etc. Chaque silence incite l’auditoire à plus d’écoute. Mais pour qu’il y ait la congruence citée plus haut, il est essentiel que vous regardiez votre auditoire afin que votre corps exprime cette conviction. N’oubliez pas que « celui qui se pose (silence), ... s’impose » affirme sereinement Pia Martin, consultante à la Cegos, en particulier en expression orale des dirigeants.
« Au delà des faits, poursuit Jean-Louis Muller, le charismatique respecte les opinions des autres et les met en valeur car il ne les craint pas. En effet, il a les siennes, les défend avec logique et congruence ; elles sont le reflet de ses valeurs. Pour augmenter votre charisme, n’hésitez pas à reformuler les opinions des autres, pas seulement les faits et décisions. » Faites le toujours avec sérénité... Par exemple « j’ai bien compris que X pense ceci et Y cela, et je comprends ces idées même si je ne les partage pas. En effet, ma conviction est autre...
La métaphore est une phrase ou un mot utilisé dans un autre contexte pour faire passer un message. Exemple pour éviter de parler de problème vous mentionnerez les « quelques nuages passagers ». Ainsi comme l’indique Jean-Louis Muller, « « nous allons construire des jours à la mesure de nos rêves », est une métaphore utilisable par celui qui veut mobiliser ses troupes sur un projet ambitieux... sans leur faire peur ! » mais cette même phrase pourra sembler grotesque dans la bouche d’un individu sans charisme... alors attention au choix des images ! » Nul doute que Martin Luther King était congruent lors de son sa si célèbre métaphore : « I had a dream ! » Encore une fois, la congruence sera importante entre ce que vous dites et ce que vous êtes pour que la métaphore soit un bon outil.
L’analogie est sans doute plus simple que la métaphore, plus accessible pour celui qui veut travailler son charisme. L’analogie est une comparaison utilisée entre deux situations qui se ressemblent. Exemple : monter un projet c’est comme préparer un tour du monde en bateau, en équipage avec escale... Il faudra un équipage solide et se répartir les rôles, préparer le bateau, définir la route, faire des points de situation régulier... etc. La condition de réussite est le choix d’une analogie parlante à tous, simple... qui ne suppose pas de connaissances techniques particulière. Bannir par exemple une analogie tennistique avec des ace, des services liftés, coupés, des passing shots... qui suppose que vos interlocuteurs aient une vision claire des images utilisées.
Dans son discours, le charismatique s’implique avec ses interlocuteurs. « C’est parce que vous - silence - êtes importants - silence - que je, ou que nous... ». Il parle à la première personne du singulier encore une fois parce qu’il assume ses idées, ses valeurs et ses opinions. Mesurez l’impact sur les foules du « moi, je suis Berlinois » de Kennedy, sous entendu, comme vous. Bannissez dans vos discours les mots « l’entreprise », « la direction », « le management »... parlez à la première personne du singulier et au pire à la première personne du pluriel, vous verrez vite la différence. Vous quitterez le rôle du porte-parole sans personnalité propre pour endosser le costume de leader.
Le charismatique a des idées ! Il propose en général des solutions inattendues ou originales. Pour être charismatique, développez votre créativité, travaillez la à chaque fois que c’est possible d’abord sur des problématiques sans grand enjeux puis faites vous confiance. Votre propre créativité entraînera celle de vos collaborateurs. Lorsque qu’une solution s’offre à vous spontanément cherchez en au moins deux autres immédiatement et « faites poser » si vous n’êtes pas dans l’urgence d’une prise de décision... la meilleure s’imposera alors à vous, puis aux autres.
Dans cette démarche de créativité et de recherche de solution, identifiez les contre arguments qui pourraient vous être opposés. En effet, le charismatique identifie les « attaques » potentielles avec objectivité, car il sait que si ses convictions sont un moteur fort pour lui, il va falloir composer avec celles des autres ! Il va se préparer sans fanatisme à réfuter les arguments.
La personne charismatique sait aussi reconnaître de bonne foi ses torts, ses erreurs d’interprétation. Le trop rare « je me suis trompé, je le reconnais, vous aviez raison » attribue en réalité un vrai crédit confiance à celui qui le prononce, et non une faiblesse comme trop le pensent. Attention néanmoins à ne pas se tromper trop souvent, à reconnaître de bonne foi ses erreurs, et à ne pas passer pour démagogue pour mieux manipuler ensuite !
En aucun cas vous ne serez charismatique sur un projet si vous ne démontrez pas votre légitimité à le mener. Votre légitimité pourra être statutaire ou managériale, vous avez été nommé par la Direction pour conduire cette mission ; technique, vous savez faire et vous avez déjà fait avec succès, dites le sans forfanterie ni modestie mal placée mais factuellement.
Le charismatique ne baisse pas les bras devant l’adversité, au contraire il remobilise ses troupes car ses convictions le pousse à agir et à réussir, ce que Jean-Louis Muller illustre en reprenant cette phrase célèbre de Mark Twain, écrivain américain « ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait ». Le charismatique sait pourquoi son projet va réussir, sait comment avec mots et valeurs il pourra mobiliser ses troupes et les conduire vers la réussite, malgré les difficultés.
Certains ouvrent la bouche et vous riez déjà... C’est Coluche, Devos, des hommes dont le charisme est établi sur la rhétorique, et l’humour. Transformer des phrases et leur donner un double sens pour Raymond Devos, les prendre au pied de la lettre pour Coluche. Et certains autres vous raconteront le dernier gag entendu à la radio et feront un flop tonitruant ! L’humour n’est pas la chose au monde la mieux partagée ni maîtrisée, et paradoxalement ne se travaille pas beaucoup. Aussi, si vous n’êtes pas sur ce registre... n’insistez pas, vous avez d’autres outils à votre disposition. Mais l’auto dérision reste jouable : finalement se moquer de soi, n’est pas signe de faiblesse, mais d’acceptation honnête de ses failles... Prenons l’exemple de Cyrano de Bergerac, à la fin de sa célèbre tirade « mais si je me les sers moi-même avec assez de verve, je ne permets pas qu’un autre me les serve » .
Loin d’être démagogue, pour développer votre charisme, vous devrez mettre en place une complicité intègre avec vos interlocuteurs : une relation établie à la fois sur la confiance (en vous et en eux), des convictions partagées, un mode de travail établi ensemble, une élocution tranquille, imagée, et parfois de l’humour. Mais le charisme, en tant que manager c’est aussi une forme de distance avec les votres. Sachez de temps en temps prendre de la réserve, ne pas être disponible tout le temps.
Le manager charismatique bannit deux attitudes : le mépris et l’arrogance. En tout cas, le Bon manager charismatique dont nous parlons dans ce dossier. Le manager charismatique accepte les imperfections et adopte pour les gérer deux attitudes. La première consiste à encourager les collaborateurs dans l’effort. Vous développerez une attitude charismatique si vous incitez vos collaborateurs à chercher la solution eux mêmes, à la mettre en application en leur accordant le droit d’hésiter, voire de se tromper ; mais surtout vous ne ferez pas vous même au motif que ce sera mieux fait ou plus vite fait... ou que vous n’avez pas de temps à perdre à leur dire comment faire. La seconde attitude est la pédagogie : le manager charismatique transmet son savoir, enseigne, sans crainte de la concurrence... Il le fait avec logique, dans l’écoute, incite le collaborateur à exprimer ses doutes ou incompréhension.